Baromètre Aider et Travailler 2026

Aidance : passer d’une politique de dispositifs à un véritable management de l’aidance

Pour les DRH, il ne s’agit plus seulement de mesurer le nombre de salariés aidants, mais d’évaluer les
effets de l’aidance sur l’organisation, d’intervenir lorsqu’elle affecte le travail et de s’assurer durablement de l’efficacité des réponses apportées.

L’aidance s’inscrit durablement dans le monde du travail. Elle concerne des salariés qui accompagnent un proche,
parfois pendant plusieurs années, selon des modalités, des contraintes et des niveaux d’implication très variés.

Pour autant, connaître l’existence du phénomène ne suffit plus.

Pour une direction des ressources humaines, la question devient progressivement plus concrète : que produit l’aidance dans notre organisation ?

Sur le travail du salarié concerné, bien sûr, mais aussi sur ses collègues, ses managers, les équilibres d’équipe, les trajectoires professionnelles et, plus largement, sur la capacité de l’entreprise à maintenir son activité dans de bonnes conditions.

Les données du Baromètre Aider & Travailler 2026 invitent précisément à déplacer le regard. Elles montrent que les effets de l’aidance ne sont ni uniformes ni concentrés sur une seule personne. Ils peuvent se traduire par de la fatigue, des difficultés d’organisation, des absences, des réorganisations, des tensions ou des renoncements professionnels. Mais l’aidance peut également être associée au
développement de nouvelles compétences, tandis que le travail demeure, pour les personnes concernées, une ressource importante.

C’est cette réalité plurielle qui conduit à faire émerger une nouvelle approche : le management de l’aidance.

L’aidance occupe une place réelle dans la vie professionnelle

Les chiffres donnent d’abord un ordre de grandeur. 14 heures par semaine : pour les salariés aidants, l’aide représente, en 2026, l’équivalent de deux journées de travail supplémentaires. À cette intensité s’ajoute la durée. 55 % des salariés aidants le sont depuis au moins six ans : l’aidance s’inscrit durablement dans leur vie professionnelle.

Pour les DRH, cette donnée est essentielle : l’aidance ne peut pas être pensée uniquement comme une
situation exceptionnelle ou temporaire. 
Certaines situations le sont. D’autres s’inscrivent dans la durée, évoluent progressivement et peuvent connaître des phases d’intensification ou, au contraire, d’allègement. Une politique RH pertinente doit donc être capable de fonctionner dans le temps.

Un sujet encore largement invisible dans l’entreprise

L’aidance peut fortement peser sur la vie d’un salarié tout en restant invisible au travail, jusqu’à ce que ses contraintes l’obligent à en parler.

Parmi les salariés aidants interrogés :

  • 54 % ont parlé de leur situation à leur manager direct ;
  • 32 % à des collègues ;
  • 25 % aux RH ;
  • 7 % n’en ont parlé à personne.

Les situations d’aidance ne sont ni spontanément visibles ni toujours pleinement exprimées. Le salarié doit pouvoir évoquer
les effets de l’aidance sur son travail sans dévoiler sa vie privée. Or, un aidant sur deux ne se reconnaît pas comme tel, ce qui limite tout recensement exhaustif. L’entreprise ne peut donc pas compter sur un simple recensement pour repérer toutes les situations.

 Pour les DRH, le vrai sujet n’est pas le nombre d’aidants : c’est l’empreinte de l’aidance

Le nombre de salariés aidants ne révèle pas la diversité de leurs situations : certains concilient aisément
aidance et travail, tandis que d’autres subissent fatigue, absences ou réorganisations durables.

Des effets qui se diffusent dans le collectif

En 2026, 65 % des salariés aidants déclarent que leur situation a des effets négatifs sur leur travail.
Les effets concernent d’abord l’organisation du travail, puis la rémunération, la carrière, la fatigue et la disponibilité. Ils peuvent aussi se répercuter sur l’équipe lorsque absences ou changements d’horaires imposent de redistribuer les tâches. Pris isolément, ces ajustements peuvent paraître mineurs. Répétés dans le temps, ils peuvent modifier le fonctionnement d’une équipe.

Les RH déclarent ainsi observer des effets négatifs sur plusieurs dimensions :

  • le climat social des équipes : 40 % ;
  • l’absentéisme : 25 % ;
  • la charge de travail des collègues : 24 %.

L’aidance devient alors une question d’organisation du travail.

Une même situation peut produire des coûts… et des compétences

Réduire l’aidance à ses effets négatifs serait toutefois une erreur. L’expérience d’aidance peut aussi conduire à développer de nouvelles compétences.

89 % des salariés aidants déclarent avoir développé des  compétences grâce à l’aidance, un constat partagé par 84 % de leurs collègues et managers. Sont notamment citées l’organisation du temps, la gestion des priorités, la persévérance ou encore le sens des responsabilités. Pour autant, il faut éviter une lecture trop simpliste. Une compétence acquise dans l’aidance ne « compense » pas automatiquement une fatigue, une absence, une perte de rémunération ou un ralentissement de carrière.

Les deux réalités peuvent coexister.

L’enjeu RH consiste donc à tenir ensemble ces deux dimensions : prévenir les effets professionnels négatifs lorsqu’ils apparaissent et, lorsque le salarié le souhaite, reconnaître les compétences qu’il a pu développer.

Le travail peut aussi être une ressource pour les aidants

L’analyse des effets doit également être inversée et doit aussi considérer ce que le travail préserve pour le salarié aidant : ses liens sociaux, son identité professionnelle et son appartenance à un collectif au-delà de son rôle d’aidant. Pour une DRH, cela change la perspective. L’objectif ne consiste pas seulement à permettre au salarié de s’absenter lorsque l’aidance l’exige. Il consiste aussi, lorsque cela est possible et souhaité, à maintenir une relation soutenable et durable avec le travail.

Les premières solutions se trouvent souvent dans l’organisation du travail

Les données 2026 montrent que les salariés aidants recherchent d’abord des marges de manœuvre concrètes. 40 %
des aidants en emploi déclarent avoir aménagé leur temps de travail du fait de leur aidance.
Lorsqu’on leur demande ce qui facilite leur maintien dans l’emploi, les horaires aménagés ou la possibilité de modifier leurs horaires arrivent nettement en tête, cités par 61 %  d’entre eux.

Viennent ensuite :

  • la souplesse dans la prise des congés payés : 38% ;
  • les RTT supplémentaires ou le don de RTT : 13%.

Du côté des RH, les réponses sont plus diversifiées. Les horaires aménagés sont cités par 42%, mais les RH mentionnent également l’information, le congé de proche aidant, les lignes d’écoute, le temps partiel ou encore la souplesse des congés.

Le temps est souvent le premier levier d’action

Déjà prioritaires pour les salariés aidants en 2023, les horaires aménagés n’arrivaient qu’au huitième rang côté employeurs. En 2026, ils restent le premier levier pour 61 % des aidants et progressent au troisième rang pour 42 % des RH : les perceptions se rapprochent, malgré des écarts persistants. La souplesse des congés est citée par 38 % des aidants, contre 23 % des RH. À l’inverse, l’information est privilégiée par 49 % des RH, mais seulement 2 % des aidants.

Ce décalage constitue un signal important pour les DRH : ce que l’entreprise considère comme une réponse utile n’est pas nécessairement ce que le salarié identifie comme le principal levier de maintien dans l’emploi.

Attention aux solutions qui déplacent le problème

Une solution efficace à court terme peut se révéler moins favorable dans la durée, comme l’illustre le temps partiel. Classé deuxième en 2023 par les salariés aidants, il n’est plus cité en 2026 que par 4 % d’entre eux, alors que 36 % des RH l’ont mis en place. Sans expliquer à elle seule cet écart, cette évolution invite à évaluer un aménagement au-delà de son bénéfice immédiat.

Le temps partiel libère du temps, mais peut réduire le revenu et freiner l’évolution professionnelle. Cette vigilance vaut aussi pour tout changement durable de fonction, de responsabilités ou de mobilité. Une solution qui résout l’urgence mais dégrade progressivement la trajectoire professionnelle ne constitue pas nécessairement une solution durable.

Le congé ne répond pas à toutes les situations

Le congé de proche aidant questionne de manière similaire. Parmi les réponses mises en place, 44% des RH l’évoquent, quand 4 % seulement des aidants en emploi le considère comme facilitant leur maintien dans l’emploi. Cette différence peut s’expliquer par la nature même du dispositif : prendre un congé permet de dégager du temps, mais signifie aussi interrompre temporairement son activité professionnelle.

Dans un contexte où l’aidance peut déjà peser sur les ressources financières, la question du revenu est déterminante.

Parmi les aidants en emploi interrogés qui déclarent contribuer financièrement aux dépenses liées à l’aide :

  • 66 % évaluent cette contribution entre 150
    et 500 euros par mois ;
  • 6 % entre 501 et 1 000 euros ;
  • 19 % à plus de 1 000 euros.

Pour les DRH, cela signifie qu’il faut regarder les solutions dans leur ensemble.

Une réponse utile est une réponse qui prend en compte ses effets sur le temps, mais aussi sur le revenu, la charge de travail, le collectif et la trajectoire professionnelle.

Le cas par cas exige un cadre collectif

Les situations d’aidance sont suffisamment diverses pour rendre impossible une réponse totalement standardisée. Un aménagement pertinent aujourd’hui peut devenir insuffisant dans quelques mois. La souplesse est donc indispensable. Mais elle ne peut pas reposer exclusivement sur une succession d’arrangements négociés au fil de l’eau. Sinon, la qualité de la réponse dépend largement du manager, de l’équipe ou de la capacité du salarié à faire reconnaître sa situation.

Le risque est alors double : créer de l’incertitude pour le salarié et générer des différences de traitement entre équipes.

 Le rôle du cadre collectif

L’enjeu n’est donc pas de supprimer le cas par cas. Il est de l’encadrer. Une politique collective efficace ne signifie pas que tous les salariés bénéficient de la même chose. Elle signifie que des situations différentes sont traitées à partir de principes communs. L’entreprise peut ainsi préciser :

  • ce qui peut être ajusté ;
  • qui peut décider ;
  • quels critères prendre en compte ;
  • quels relais mobiliser ;
  • quelles marges de manœuvre sont disponibles ;
  • quand une situation doit être réexaminée.

 

Le cadre commun donne de la sécurité à la différenciation.

Les managers ne peuvent pas porter seuls le sujet

Souvent premier interlocuteur face aux effets de l’aidance sur le travail, le manager ne peut cependant
porter seul la réponse. Pour autant en 2026, 86 % des RH indiquent que les managers sont seulement partiellement sensibilisés au sujet. Cela souligne un enjeu très concret : donner aux managers des repères suffisamment simples pour qu’ils sachent quoi faire sans devenir eux-mêmes des experts de l’aidance. Ils doivent notamment savoir :

  • écouter sans demander d’informations qui ne sont pas nécessaires ;
  • identifier ce qui relève du travail ;
  • connaître les marges de manœuvre existantes ;
  • éviter de traiter seuls les situations complexes ;
  • savoir quand solliciter les RH, la santé au travail, le service social ou un autre relais ;
  • prévoir, lorsque cela est pertinent, un point de réexamen.

 

Le manager doit pouvoir agir, mais il ne doit pas avoir à inventer la politique de l’entreprise.

Informer ne suffit pas : il faut rendre la politique mobilisable

Une entreprise peut disposer de nombreux dispositifs sans que ceux-ci soient réellement accessibles. Les données 2026 illustrent ce paradoxe. 55 % des aidants en emploi estiment que leur entreprise leur permet de prendre en compte leur situation d’aidant. Mais 45 % répondent que ce n’est pas le cas. Parmi ces derniers, 90 % considèrent pourtant qu’une telle prise en compte serait nécessaire.

Par ailleurs, 64 % déclarent ne pas connaître de bonnes pratiques permettant de concilier aidance et vie professionnelle. La question n’est donc pas uniquement celle de l’existence des dispositifs. Elle est aussi celle de leur visibilité, de leur compréhension et de leur accessibilité. Une politique RH n’existe véritablement dans le travail que lorsqu’un salarié sait qu’elle existe, comprend comment y accéder et peut effectivement l’utiliser lorsque sa situation le nécessite.

Connaître le phénomène ne signifie pas connaître son empreinte dans l’entreprise

Les DRH sont aujourd’hui largement sensibilisés à l’ampleur de l’aidance. Lorsqu’on demande à 60 RH s’ils savent que 20 % des salariés sont aidants, 89 % répondent oui. Mais cette connaissance générale ne signifie pas que l’entreprise dispose d’une lecture précise de ses propres situations. Seuls 41 % déclarent disposer d’un dispositif permettant de repérer les salariés aidants, tandis que 5 % indiquent qu’un tel dispositif est en cours de mise en place.

Faut-il pour autant chercher à identifier systématiquement tous les aidants ?

Pas nécessairement. Certains salariés ne se reconnaissent pas eux-mêmes comme aidants. D’autres ne souhaitent pas en parler. Et lorsqu’ils le font, ils peuvent légitimement vouloir ne partager qu’une partie de leur situation.

Surtout, savoir qu’une personne est aidante ne permet pas de savoir si elle rencontre une difficulté
professionnelle.
Le véritable enjeu est donc de mesurer l’empreinte de l’aidance : où les contraintes apparaissent-elles ? À quels moments ? Quels
ajustements sont déjà réalisés ? Quels effets produisent-ils sur le salarié, ses collègues, son manager et l’organisation ?

L’absence de recours ne signifie pas qu’un dispositif est inutile

C’est un point essentiel pour le pilotage RH. Le taux de recours à un dispositif ne suffit pas à mesurer son utilité. Un salarié peut ne pas utiliser un dispositif parce qu’il n’en a pas besoin à un moment donné. Mais il peut aussi ne pas y recourir parce qu’il ne le connaît pas, qu’il ne sait pas comment y accéder, qu’il le juge inadapté ou qu’il préfère préserver sa confidentialité.

Le non-usage ne signifie donc pas nécessairement l’absence de besoin.

À l’inverse, un dispositif très utilisé n’est pas automatiquement un dispositif efficace.

L’évaluation doit porter sur une chaîne plus complète : connaissance → accès → usage → adéquation → effets →
évolution.
C’est cette chaîne qui permet de passer d’une logique de catalogue à une logique de pilotage.

Vers un véritable management de l’aidance

L’édition 2026 du Baromètre Aider & Travailler invite à dépasser la question « Que proposons-nous aux salariés aidants ? » pour se demander : « Savons-nous mesurer les effets de l’aidance dans notre organisation, agir si nécessaire et évaluer nos réponses ? ». C’est tout l’enjeu du management de l’aidance.

Il ne s’agit ni de créer un nouveau statut qui enfermerait les salariés dans une catégorie, ni de multiplier les dispositifs. Il s’agit d’organiser une capacité collective à : objectiver, comprendre, arbitrer, ajuster et évaluer.

Cette approche permet de tenir ensemble deux exigences qui peuvent sembler contradictoires : reconnaître la singularité des situations et construire un cadre commun.

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